14.08.2008

"Gomorra" de Matteo Garrone

gomorra 1.jpgGomorra signé Matteo Garrone a obtenu de la manière la plus justifiée le Grand prix du jury au dernier festival de Cannes. Le titre est un jeu de mot grinçant entre la Camorra et Gomorrhe, ville détruite par une pluie de feu en raison des mauvaises mœurs de ces habitants.

Film inspiré du roman de Roberto Saviano dénonçant les rouages de la Camorra, mafia napolitaine, l’auteur condamné à mort par la Camorra bénéficie de haute protection policière. Le film même si fortement inspiré du livre comporte pourtant quelques différences. Roberto Saviano donne « une leçon d’économie politique » et produit « une enquête qui dénonce ». Matteo Garrone nous montre l’omniprésence de l’argent et l’entremêlement de communautés différentes.

gomorra 2.jpgGommora peut se schématiser comme le portrait de cinq personnages face à la Camorra et la violence. Si au début Matteo Garonne souhaitait séparer les différentes histoires «  sur le modèle du Décalogue de Kieslowski », il s’est résolu à les mélanger. Il y a Marco et Ciro qui ne se réfèrent qu’à Scarface et veulent contrôler le monde sans pourtant en saisir tous les aspects ce qui les conduit à une mort tragique. Pasquale, le couturier exploité, travaillant pour des Chinois. Don Ciro qui paye des familles que la Camorra soutient ; pourtant il perd un jour la protection de la mafia et se trouve tout à coup sans défense. Toto, un enfant de douze ans, bien décidé à s’introduire dans la Camorra. Enfin, Franco, manager spécialisé dans l’enfouissement des déchets toxiques. Tous ces personnages ont nécessité un casting particulier qui mélange acteurs professionnels (Toni Servillo, Gianfelice Imparato et Salvatore Cantalupo) et amateurs.

gomorra 3.jpgLe film a été tourné sur des lieux réels contrôlés par la mafia ce qui parfois a pu engendrer des quiproquos. Lors de la mort de l’ami de Toto, la scène prise pour une embuscade a été filmé avec des téléphones portables par les habitants. Ainsi que les scènes impliquant des policiers – l’un deux exerçait réellement ce métier et était connu dans le quartier.

Ce film reconstitue tellement bien les détails que l’on croirait à un documentaire. Les images sont saisissantes et souvent inoubliables. Le moindre coup de feu fait tressaillir comme rarement au cinéma. On se sent si proche de ses personnes que l’on finit par vivre avec eux tout le long du film. Une expérience rare et inoubliable!

15.07.2007

"Persepolis" de Marjane Satrapi

8f8d5068dda499291d11813e1644774b.jpgPersepolis de Marjane Satrapi est projeté dans les salles du Star Saint-Exupéry à Strasbourg.

Ce film retrace avec brillance le parcours d'une jeune fille iranienne de sa petite enfance jusqu'au début de l'âge adulte. Le spectateur assiste à la chute du Chah, la prise de pouvoir par les ayatollahs et la guerre contre l'Irak. Marjane qui hésite entre devenir Bruce Lee ou prophète se fait expliquer la politique de son pays par sa famille opposée au Chah. Sa langue bien pendue et son caractère décidé obligent ses parents à l'envoyer en Autriche à Vienne. Pourtant là-bas, elle connaît le choc culturel, les déceptions amoureuses, la tristesse de l'exil et la misère. Malgré la propagation d'un islam intégriste, elle décide de retourner en Iran. Après un mariage qui a échoué et des études d'art, elle finit par s'installer en France.

cc7b915be2b9e2b93cebdcb5c6eba4fc.jpgPersepolis traite de l'exil et des origines que personne ne peut jamais oublier. Malgré son esprit ouvert, libre et proche de l'Occident, Marjane n'arrive pas à supporter la distance qui la sépare de sa famille. Elle n'arrive pas à se faire comprendre des viennois et finit par rejoindre les personnes qui ont le même passé que le sien, la même histoire. Même si elle était libre à Vienne, elle retourne en Iran qui plie sous le régime islamique et porte le voile. Elle n'est à l'aise dans aucun pays à cause de ses idées en Iran et de son passé en Autriche. Sa grand-mère lui répète souvent cette phrase particulièrement lors de son départ vers l'étranger: "reste intègre à toi même et n'oublie pas d'où tu viens".

ab65fa27da799ac43774feba42d3d7cb.jpgToute l'originalité de ce film ne réside pas dans le thème mais dans la façon dont il a été présenté. Persepolis est un film en dessins animés presque croqué tant les traits sont gros et les détails gommés. On a laissé que l'essentiel pour supprimer l'inutile. On s'attache au comportement de cette famille et plus particulièrement à Marjane. Toutes les personnes secondaires sont en contre-jour telles des ombres. Les figurants ne sont que des ombres chinoises. Persepolis traite d'un sujet très grave avec des illustrations enfantines dessinées en gros traits. Il n'y a aucun excès et la violence est montrée d'une façon très mesurée. Le spectateur n'a pas besoin d'un bain de sang pour réaliser l'horreur, celui-ci ayant été soigneusement évité. Persepolis mêlant humour avec l'insolence de Marjane et drame est un bonheur visuel où l'oeil ne souffre pas d'images monstrueuses et comprend tout à fait l'enjeu de la situation.

bande-annonce 

09.06.2007

Raphaël Nadjari

1aae68c1f19c9064a59c2bbc873f666e.jpgRaphaël Nadjari, réalisateur français est peu à peu considéré comme un cinéaste israëlien après avoir tourné un second film en Israël, Tehilim après Avanim.

The Shade réalisé en 1995 est son premier long métrage en fiction, sélectionné au festival de Cannes. Il enchaîne ensuite avec I am Josh Polonski's Brother qui réunit déjà les thèmes que l'on retrouvera chez Tehilim soit "le monde juif, la famille, le désir refoulé."

Avec Tehilim, Raphaël Nadjari développe le conflit entre laïcité et religion et les tensions que l'on retrouve à l'intérieur d'une même famille. On y reconnait la mère laïque en conflit avec la famille religieuse d'Eli qui la pousse à prononcer sans relâche des prières qui d'après eux aideraient à accélérer le retour du mari. Puis on voit les enfants divisés entre la religion et la laïcité "tour à tour manipulés et manipulateurs."

"Si l'intrigue et la substance de Tehilim ont une résonnance avec l'Avventura d'Antonioni (la disparition, l'incommunicabilité, l'absence de soi), la mise en scène, elle, avoisine davantage le cinéma de Cassavetes: travail d'improvisation poussé, caméra très mobile créant une forte intimité avec les personnages".

 

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source: article d'Ariel Schweitzer dans les Cahiers du cinéma de mai 2007, p. 45)

06.06.2007

Films - sorties à Strasbourg le 6 juin

Voici une liste de films intéressants à regarder:

Star St Exupéry

04.06.2007

"Tehilim" de Raphaël Nadjari

f35bcae2dc91dbdd70ada8a018cc26c2.jpgAujourd'hui, lundi 4 juin 2007 à 20h15, au Star St Exupéry passe l'avant-première de Tehilim de Rapahël Nadjari avec Michael Moshonov, Limor Goldstein. Vous aurez l'occasion de voir le film mais également de rencontrer son réalisateur Raphaël Nadjari et lui poser des questions.

Dans un quartier de Jerusalem autrefois mixte laïque et religieu qui aujourd'hui penche vers l'orthodoxie vit la famille Frankel. On y retrouve une "Avventura familiale, ténue mais trouée d'une péripétie énorme : la disparition mystérieuse, quasi magique, d'un père de famille, presque sous les yeux de ses fils pendant un accident de voiture" . Alors que le père emmène ses fils à l'école, il ne les dépose pas à l'endroit convenu mais continue son trajet jusqu'à créer un accident où il "s'envoie gentiment dans le décor. On croit à un ralenti mais non, la berline entre comme dans du beurre dans la motte attenante à la route. Aucune cascade, nulle tôle froissée, pas de fumée, sans feu, no air bag." Alors que le fils aîné cherche de l'aide le père, Eli Frankel, disparaît.

Chaque membre de la famille supporte cette disparition à sa manière et une division s'opère entre la mère laïque et les beau-père et beau-frère prononçant des prières pour Eli. Peu à peu l'oncle et le frère interprètent la disparition comme une mort et "font imprimer des psautiers à leur frais, assortis d'une dédicace au disparu. Il faut les distribuer pour que les gens prient pour lui". Ces psautiers pourtant destinés à l'usage privé des connaissances de la même synagogue seront distribué à tout venant à cause d'une mauvaise compréhension de la part de l'un des distributeurs.La prière peut-elle avoir une aspiration universelle?

(d'après l'article de Charlotte Garson dans les Cahiers du cinéma de mai 2007, p. 44)

bande-annonce

fiche imdb