04.09.2009

Arrêt du blog

A toutes les lectrices et à tous les lecteurs,

Ce blog ne sera plus mis à jour mais ayant horreur de pages qui disparaissent tout à coup il ne sera pas supprimé de sorte que les articles puissent encore être lus.

Merci à tous !

13.01.2009

"Hunger" de Steve McQueen

hunger 1.jpgHunger... quels mots utiliser pour décrire ce film... Ce film qui a ouvert la section "Un certain regard" de la 61ème édition du festival de Cannes et remporte la Caméra d'Or. Ses images se suffisent si bien à elles-mêmes.

hunger 7.jpgLe réalisateur, Steve McQueen (photo à droite), a été formé dans des écoles d'art contemporain et a été influencé par les classiques du cinéma. Il a tourné une vingtaine de films expérimentaux dont un lui à valu le prestigieux Turner Prize en 1999 avant de nous livrer Hunger. Le côté plasticien de Steve McQueen se retrouve tout à fait dans ce film lors de plans rapprochés sur des flocons de neige, un plume ou sur les mains mutilés du gardien de prison. On perçoit également une étude minutieuse des couleurs et des lignes dans les différentes images en particulier dans la scène du couloir de la prison où de l'urine sort des cellules; mais aussi lorsque les prisonniers de l'IRA nus et chétifs, battus par la police habillée de couleur sombre, sont traînés sur le sol d'un vert douteux.

hunger 5.jpgHunger, prison de Maze en Irlande du Nord en 1981, relate le combat quotidien des prisonniers de l'IRA, contre des gardiens tout aussi désemparés, qui revendiquent le statut politique en faisant pression avec le "Blanket and No Wash protest". Un nouveau détenu parvient à la prison, un "prisonnier contestataire" comme noté dans le registre par un des gardiens, suis le mouvement des autres prisonniers de l'IRA. Il partage une cellule répugnante avec un autre détenu qui lui fait connaître le meneur, Bobby Sands (Michael Fassbender).

hunger 2.jpgBobby Sands, interprété magnifiquement par un Michael Fassbender méconnaissable, n'apparaît qu'au bout d'une heure de film presque dépourvu de dialogues. Leader du mouvement contestataire, il comprend que le "Blanket and No Wash protest" ne fera pas plier le gouvernement britannique; pour ce faire il décide d'entamer une grève générale de la faim. Juste avant de donner le signal, il s'entretient avec un ami prêtre, père Moran durant vingt incroyables minutes de plan fixe pour s'assurer de sa détermination. Père Moran essaye de savoir si cette décision aboutit à un meurtre ou à un suicide et tente de faire revenir Bobby Sands sur cette grève de la faim. Bobby Sands ne reculera pas et mourra 66 jours plus tard. Le spectateur suit jour après jour la dégradation du corps et de l'organisme du meneur jusqu'à son dernier souffle dans un réalisme cru avec une caméra d'une grande justesse et précision.

20.11.2008

"The visitor" de Tom McCarthy

TheVisitorPoster.jpgThe Visitor, lauréat du grand prix du 34e festival du film américain de Deauville, est réalisé par Tom McCarthy. Ce dernier a déjà été remarqué par son premier long métrage The Station agent en 2004. Lors de son premier film, Tom McCarthy s'attache à des personnages solitaires, sortant du cadre ordinaire, rassemblés, malgré toutes leurs différences, par une amitié qui les éloigne de leurs problèmes personnels. The Visitor en ce sens y est très semblable.

the visitor 5.jpgIl réunit deux groupes de personnes; un professeur d'université, Walter Vale (Richard Jenckins - acteur très crédible qui mérite tout à fait et enfin la tête d'affiche), sans but réel dans la vie qui se laisse emporter par le courant sécurisant de la routine et manifeste un profond ennui et dégoût pour son travail. On rencontre également des personnages tout à fait opposés à cet homme que sont un joueur de djembé Tarek et sa copine Zainab vendeuse de bijoux puis également la mère de Tarek. De prime abord, rien ne semblait pouvoir les réunir pourtant, c'est lorsqu'un soir Walter rentre chez lui et voit dans son second appartement Tarek et Zainab, deux immigrés clandestins, qui lui expliquent avoir loué cet endroit. Pour les tirer d'affaire, Walter accepte de les héberger encore quelques jours chez lui.

the visitor 2.jpgLa relation entre le professeur et les "visitors" se crée réellement lorsque Tarek propose à Walter de lui enseigner le djembé; et The Visitor nous dévoile enfin sa richesse: l'importance capitale que tient autrui. On remarque soudainement un plaisir redécouvert, la renaissance de la joie de vivre chez ce professeur prisonnié. La musique devient un moyen de communication entre ses personnes d'origine si différentes et également un merveilleux rassemblement illustré par le concert de djembé dans un parc. Depuis l'apprentissage du djembé, Walter ressent un besoin de s'ouvrir aux autres, fait la connaissance de la mère de Tarek et surtout d'aider ces personnes qui lui ont tant apporté lorsque Tarek est arrêté dans le métro et risque d'être renvoyé en Syrie.

the visitor 3.jpgThe Visitor cumule deux histoires, celle de Walter et celle de ces immigrés clandestins venus chercher leur bonheur aux Etats-Unis. Au moment où Walter semble profiter de sa vie, Tarek est arrêté et risque d'être reconduit à la frontière. On retrouve les éléments de la paranoïa post 11 septembre, le thème délicat de l'immigration et une fin réaliste malheureusement sans beaucoup d'espoir.

The Visitor, une belle leçon de vie abordée tout en finesse !

the visitor 4.jpg

17.09.2008

"Entre les murs" de Laurent Cantet

entre les murs 4.jpgEntre les murs de Laurent Cantet est le film coup de coeur du jury de Cannes de cette année d'où la Palme d'or. Celui-ci est librement inspiré du roman du même titre de François Bégaudeau. Ce dernier, pour cette occasion, a endossé le rôle principal et participé au scénario. Le livre a un fonction pédagogique mais reste "un roman sans doute autobiographique" puisque son auteur est un professeur de lettres dans un collège ZEP dans le 19ème arrondissement de Paris.

entre les murs 2.jpgLe livre a pour ainsi dire servi de cadre pour une meilleure reconstitution de "ce langage, [de] cette énergie là" précise Laurent Cantet en désignant les élèves. Contrairement à l'auteur, le réalisateur à préféré favoriser une trame dramatique pour se rapprocher de la fiction même si finalement le film a un grand aspect documentaire. Puis les ateliers d'improvisation avec les élèves, qui ont constitués plus tard la classe, ont permis de forger les différents personnages ainsi que de vérifier en quelque sorte le côté réaliste de ce qui "avait été écrit au préalable, soit de changer littéralement de direction" ajoute L. Cantet. Les dialogues finaux sont donc un mélange entre les situations rapportées par François Bégaudeau dans son ouvrage, des comportements observés en ateliers et l'improvisation à laquelle les élèves ont été confrontés pendant le tournage. François Bégaudeau faisant office d'aiguilleur.

entre les murs 3.jpgEntre les murs sera probablement dans les semaines à venir comparé au documentaire Être et avoir de Nicolas Philibert. Même si le thème général est semblable, met en avant "l'école publique, laïque et obligatoire" - en profondeur les différences se multiplient. Ce film ne cherche pas à exposer une solution miracle pour transmettre le savoir, on a accès à la réalité brute, "laide ou belle indifféremment" mais toujours fidèle. Entre les murs formule sans cesse des questions mais ne cherche pas à apporter de réponse. L'idéalisation est absente. A l'opposé d'Être et avoir, "ici l'enseignement prend l'allure d'une croisade en faveur de l'intégration par le savoir et la connaissance".

entre les murs 1.jpgCertaines personnes pensent que ce film après avoir fait beaucoup de bruit permettra au public d'ouvrir les yeux sur une situation peut être ignorée ou du moins sous-estimée jusqu'alors. Sean Penn (Into the wild) retient Entre les murs principalement pour "tous les problèmes que le film met en avant, ces sujets très actuels, dans un monde qui est affamé d'éducation et qui a besoin d'une voix". Marjane Satrapi (Persepolis) pense qu'il y ait "posé la vraie question de la démocratie".

Si l'ambition d'Entre les murs est de choquer alors c'est tout à fait réussi. Durant tout le film, le spectateur troublé est emporté par "l'énergie"  de cette classe de manière tellement violente que l'on y retrouve presque certains éléments d'un film d'horreur psychologique.

Ce film mérite d'être vu tout du moins pour acclamer et questionner la décision du jury de Cannes mais également pour se rendre compte d'une situation de haine et d'affrontement emprisonnée entre les quatre murs d'une salle de classe.

En salle le 24 septembre 2008

14.08.2008

"Gomorra" de Matteo Garrone

gomorra 1.jpgGomorra signé Matteo Garrone a obtenu de la manière la plus justifiée le Grand prix du jury au dernier festival de Cannes. Le titre est un jeu de mot grinçant entre la Camorra et Gomorrhe, ville détruite par une pluie de feu en raison des mauvaises mœurs de ces habitants.

Film inspiré du roman de Roberto Saviano dénonçant les rouages de la Camorra, mafia napolitaine, l’auteur condamné à mort par la Camorra bénéficie de haute protection policière. Le film même si fortement inspiré du livre comporte pourtant quelques différences. Roberto Saviano donne « une leçon d’économie politique » et produit « une enquête qui dénonce ». Matteo Garrone nous montre l’omniprésence de l’argent et l’entremêlement de communautés différentes.

gomorra 2.jpgGommora peut se schématiser comme le portrait de cinq personnages face à la Camorra et la violence. Si au début Matteo Garrone souhaitait séparer les différentes histoires «  sur le modèle du Décalogue de Kieslowski », il s’est résolu à les mélanger. Il y a Marco et Ciro qui ne se réfèrent qu’à Scarface et veulent contrôler le monde sans pourtant en saisir tous les aspects ce qui les conduit à une mort tragique. Pasquale, le couturier exploité, travaillant pour des Chinois. Don Ciro qui paye des familles que la Camorra soutient ; pourtant il perd un jour la protection de la mafia et se trouve tout à coup sans défense. Toto, un enfant de douze ans, bien décidé à s’introduire dans la Camorra. Enfin, Franco, manager spécialisé dans l’enfouissement des déchets toxiques. Tous ces personnages ont nécessité un casting particulier qui mélange acteurs professionnels (Toni Servillo, Gianfelice Imparato et Salvatore Cantalupo) et amateurs.

gomorra 3.jpgLe film a été tourné sur des lieux réels contrôlés par la mafia ce qui parfois a pu engendrer des quiproquos. Lors de la mort de l’ami de Toto, la scène prise pour une embuscade a été filmé avec des téléphones portables par les habitants. Ainsi que les scènes impliquant des policiers – l’un deux exerçait réellement ce métier et était connu dans le quartier.

Ce film reconstitue tellement bien les détails que l’on croirait à un documentaire. Les images sont saisissantes et souvent inoubliables. Le moindre coup de feu fait tressaillir comme rarement au cinéma. On se sent si proche de ses personnes que l’on finit par vivre avec eux tout le long du film. Une expérience rare et inoubliable!