13.01.2009

"Hunger" de Steve McQueen

hunger 1.jpgHunger... quels mots utiliser pour décrire ce film... Ce film qui a ouvert la section "Un certain regard" de la 61ème édition du festival de Cannes et remporte la Caméra d'Or. Ses images se suffisent si bien à elles-mêmes.

hunger 7.jpgLe réalisateur, Steve McQueen (photo à droite), a été formé dans des écoles d'art contemporain et a été influencé par les classiques du cinéma. Il a tourné une vingtaine de films expérimentaux dont un lui à valu le prestigieux Turner Prize en 1999 avant de nous livrer Hunger. Le côté plasticien de Steve McQueen se retrouve tout à fait dans ce film lors de plans rapprochés sur des flocons de neige, un plume ou sur les mains mutilés du gardien de prison. On perçoit également une étude minutieuse des couleurs et des lignes dans les différentes images en particulier dans la scène du couloir de la prison où de l'urine sort des cellules; mais aussi lorsque les prisonniers de l'IRA nus et chétifs, battus par la police habillée de couleur sombre, sont traînés sur le sol d'un vert douteux.

hunger 5.jpgHunger, prison de Maze en Irlande du Nord en 1981, relate le combat quotidien des prisonniers de l'IRA, contre des gardiens tout aussi désemparés, qui revendiquent le statut politique en faisant pression avec le "Blanket and No Wash protest". Un nouveau détenu parvient à la prison, un "prisonnier contestataire" comme noté dans le registre par un des gardiens, suis le mouvement des autres prisonniers de l'IRA. Il partage une cellule répugnante avec un autre détenu qui lui fait connaître le meneur, Bobby Sands (Michael Fassbender).

hunger 2.jpgBobby Sands, interprété magnifiquement par un Michael Fassbender méconnaissable, n'apparaît qu'au bout d'une heure de film presque dépourvu de dialogues. Leader du mouvement contestataire, il comprend que le "Blanket and No Wash protest" ne fera pas plier le gouvernement britannique; pour ce faire il décide d'entamer une grève générale de la faim. Juste avant de donner le signal, il s'entretient avec un ami prêtre, père Moran durant vingt incroyables minutes de plan fixe pour s'assurer de sa détermination. Père Moran essaye de savoir si cette décision aboutit à un meurtre ou à un suicide et tente de faire revenir Bobby Sands sur cette grève de la faim. Bobby Sands ne reculera pas et mourra 66 jours plus tard. Le spectateur suit jour après jour la dégradation du corps et de l'organisme du meneur jusqu'à son dernier souffle dans un réalisme cru avec une caméra d'une grande justesse et précision.

20.11.2008

"The visitor" de Tom McCarthy

TheVisitorPoster.jpgThe Visitor, lauréat du grand prix du 34e festival du film américain de Deauville, est réalisé par Tom McCarthy. Ce dernier a déjà été remarqué par son premier long métrage The Station agent en 2004. Lors de son premier film, Tom McCarthy s'attache à des personnages solitaires, sortant du cadre ordinaire, rassemblés, malgré toutes leurs différences, par une amitié qui les éloigne de leurs problèmes personnels. The Visitor en ce sens y est très semblable.

the visitor 5.jpgIl réunit deux groupes de personnes; un professeur d'université, Walter Vale (Richard Jenckins - acteur très crédible qui mérite tout à fait et enfin la tête d'affiche), sans but réel dans la vie qui se laisse emporter par le courant sécurisant de la routine et manifeste un profond ennui et dégoût pour son travail. On rencontre également des personnages tout à fait opposés à cet homme que sont un joueur de djembé Tarek et sa copine Zainab vendeuse de bijoux puis également la mère de Tarek. De prime abord, rien ne semblait pouvoir les réunir pourtant, c'est lorsqu'un soir Walter rentre chez lui et voit dans son second appartement Tarek et Zainab, deux immigrés clandestins, qui lui expliquent avoir loué cet endroit. Pour les tirer d'affaire, Walter accepte de les héberger encore quelques jours chez lui.

the visitor 2.jpgLa relation entre le professeur et les "visitors" se crée réellement lorsque Tarek propose à Walter de lui enseigner le djembé; et The Visitor nous dévoile enfin sa richesse: l'importance capitale que tient autrui. On remarque soudainement un plaisir redécouvert, la renaissance de la joie de vivre chez ce professeur prisonnié. La musique devient un moyen de communication entre ses personnes d'origine si différentes et également un merveilleux rassemblement illustré par le concert de djembé dans un parc. Depuis l'apprentissage du djembé, Walter ressent un besoin de s'ouvrir aux autres, fait la connaissance de la mère de Tarek et surtout d'aider ces personnes qui lui ont tant apporté lorsque Tarek est arrêté dans le métro et risque d'être renvoyé en Syrie.

the visitor 3.jpgThe Visitor cumule deux histoires, celle de Walter et celle de ces immigrés clandestins venus chercher leur bonheur aux Etats-Unis. Au moment où Walter semble profiter de sa vie, Tarek est arrêté et risque d'être reconduit à la frontière. On retrouve les éléments de la paranoïa post 11 septembre, le thème délicat de l'immigration et une fin réaliste malheureusement sans beaucoup d'espoir.

The Visitor, une belle leçon de vie abordée tout en finesse !

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17.09.2008

"Entre les murs" de Laurent Cantet

entre les murs 4.jpgEntre les murs de Laurent Cantet est le film coup de coeur du jury de Cannes de cette année d'où la Palme d'or. Celui-ci est librement inspiré du roman du même titre de François Bégaudeau. Ce dernier, pour cette occasion, a endossé le rôle principal et participé au scénario. Le livre a un fonction pédagogique mais reste "un roman sans doute autobiographique" puisque son auteur est un professeur de lettres dans un collège ZEP dans le 19ème arrondissement de Paris.

entre les murs 2.jpgLe livre a pour ainsi dire servi de cadre pour une meilleure reconstitution de "ce langage, [de] cette énergie là" précise Laurent Cantet en désignant les élèves. Contrairement à l'auteur, le réalisateur à préféré favoriser une trame dramatique pour se rapprocher de la fiction même si finalement le film a un grand aspect documentaire. Puis les ateliers d'improvisation avec les élèves, qui ont constitués plus tard la classe, ont permis de forger les différents personnages ainsi que de vérifier en quelque sorte le côté réaliste de ce qui "avait été écrit au préalable, soit de changer littéralement de direction" ajoute L. Cantet. Les dialogues finaux sont donc un mélange entre les situations rapportées par François Bégaudeau dans son ouvrage, des comportements observés en ateliers et l'improvisation à laquelle les élèves ont été confrontés pendant le tournage. François Bégaudeau faisant office d'aiguilleur.

entre les murs 3.jpgEntre les murs sera probablement dans les semaines à venir comparé au documentaire Être et avoir de Nicolas Philibert. Même si le thème général est semblable, met en avant "l'école publique, laïque et obligatoire" - en profondeur les différences se multiplient. Ce film ne cherche pas à exposer une solution miracle pour transmettre le savoir, on a accès à la réalité brute, "laide ou belle indifféremment" mais toujours fidèle. Entre les murs formule sans cesse des questions mais ne cherche pas à apporter de réponse. L'idéalisation est absente. A l'opposé d'Être et avoir, "ici l'enseignement prend l'allure d'une croisade en faveur de l'intégration par le savoir et la connaissance".

entre les murs 1.jpgCertaines personnes pensent que ce film après avoir fait beaucoup de bruit permettra au public d'ouvrir les yeux sur une situation peut être ignorée ou du moins sous-estimée jusqu'alors. Sean Penn (Into the wild) retient Entre les murs principalement pour "tous les problèmes que le film met en avant, ces sujets très actuels, dans un monde qui est affamé d'éducation et qui a besoin d'une voix". Marjane Satrapi (Persepolis) pense qu'il y ait "posé la vraie question de la démocratie".

Si l'ambition d'Entre les murs est de choquer alors c'est tout à fait réussi. Durant tout le film, le spectateur troublé est emporté par "l'énergie"  de cette classe de manière tellement violente que l'on y retrouve presque certains éléments d'un film d'horreur psychologique.

Ce film mérite d'être vu tout du moins pour acclamer et questionner la décision du jury de Cannes mais également pour se rendre compte d'une situation de haine et d'affrontement emprisonnée entre les quatre murs d'une salle de classe.

En salle le 24 septembre 2008

14.08.2008

"Gomorra" de Matteo Garrone

gomorra 1.jpgGomorra signé Matteo Garrone a obtenu de la manière la plus justifiée le Grand prix du jury au dernier festival de Cannes. Le titre est un jeu de mot grinçant entre la Camorra et Gomorrhe, ville détruite par une pluie de feu en raison des mauvaises mœurs de ces habitants.

Film inspiré du roman de Roberto Saviano dénonçant les rouages de la Camorra, mafia napolitaine, l’auteur condamné à mort par la Camorra bénéficie de haute protection policière. Le film même si fortement inspiré du livre comporte pourtant quelques différences. Roberto Saviano donne « une leçon d’économie politique » et produit « une enquête qui dénonce ». Matteo Garrone nous montre l’omniprésence de l’argent et l’entremêlement de communautés différentes.

gomorra 2.jpgGommora peut se schématiser comme le portrait de cinq personnages face à la Camorra et la violence. Si au début Matteo Garrone souhaitait séparer les différentes histoires «  sur le modèle du Décalogue de Kieslowski », il s’est résolu à les mélanger. Il y a Marco et Ciro qui ne se réfèrent qu’à Scarface et veulent contrôler le monde sans pourtant en saisir tous les aspects ce qui les conduit à une mort tragique. Pasquale, le couturier exploité, travaillant pour des Chinois. Don Ciro qui paye des familles que la Camorra soutient ; pourtant il perd un jour la protection de la mafia et se trouve tout à coup sans défense. Toto, un enfant de douze ans, bien décidé à s’introduire dans la Camorra. Enfin, Franco, manager spécialisé dans l’enfouissement des déchets toxiques. Tous ces personnages ont nécessité un casting particulier qui mélange acteurs professionnels (Toni Servillo, Gianfelice Imparato et Salvatore Cantalupo) et amateurs.

gomorra 3.jpgLe film a été tourné sur des lieux réels contrôlés par la mafia ce qui parfois a pu engendrer des quiproquos. Lors de la mort de l’ami de Toto, la scène prise pour une embuscade a été filmé avec des téléphones portables par les habitants. Ainsi que les scènes impliquant des policiers – l’un deux exerçait réellement ce métier et était connu dans le quartier.

Ce film reconstitue tellement bien les détails que l’on croirait à un documentaire. Les images sont saisissantes et souvent inoubliables. Le moindre coup de feu fait tressaillir comme rarement au cinéma. On se sent si proche de ses personnes que l’on finit par vivre avec eux tout le long du film. Une expérience rare et inoubliable!

15.06.2008

Festival Premières - jeunes metteurs en scène européens 4° édition

festival première.jpgLe Festival Premières - jeunes metteurs en scène européens attire chaque année depuis 4 ans tous les passionnés de théâtre. Par sa diversité de programmation, tout le monde y trouve son compte et en plus des spectacles, c'est aussi un grand moment de rencontre.

Le Maillon et le TNS s'associent pour cet évènement et convient des metteurs en scène fraîchements diplômés à se produire sur les planches de différents théâtres à Strasbourg. Cette année le public a eut droit à des pièces venant:

  • de Belgique (Bobby Fischer vit à Pasadena et Chuck Norris doesn't sleep, he waits ...)
  • du Portugal (O Nome das Ruas)
  • de Russie (La Perspective Nevski)
  • d'Hongrie (The Frankenstein Project)
  • de la Suisse (Spieltrieb)
  • d'Allemagne (don't wanna die watching Spiderman 3 et Sinn)
  • de l'Ecole du TNS (Cris et chuchotements et Macbeth (inquiétudes))
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La perspective Nevski mise en scène par Timofey Kuljabin est librement inspirée de quatre nouvelles de Gogol ; Le nez, Le manteau, Le journal d'un fou et La perspective Nevski issus du recueil Nouvelles de Pétersbourg.

Tout de suite, un dynamisme s'installe; un des comédiens, fil rouge entre les différentes pièces, s'est installé parmi le public et se fait passer (non pour longtemps) pour un spectateur. Ses petites farces entraînent le public qui se trouve emballé dans ces histoires plus incroyables les unes que les autres. Ce spectacle est rempli de comique malgré des trames d'histoires appartenant plutôt au registre du drame. Tout est tourné à la dérision renforcé par le jeu de plusieurs bons comédiens.

Par contre, les différents récits ne s'emboîtent pas toujours de manière harmonieuse. On souhaite parfois en savoir plus et d'autre fois moins et le spectateur peut percevoir quelques longueurs.

Il y eut un autre petit défaut concernant les sur-titres qui n'affichèrent qu'une réplique sur trois. On remarquait une déception grandissante lorsque l'histoire atteignaient le point culminant où lorsque l'intonation des comédiens suggérait un sourire que l'on ne put avec une grande déception pas rendre.

Ce fut malgré tout un très bon moment, joyeux et envoûtant que l'on ne regrette pas!

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bobby vit à pasadena.jpgBobby Fischer vit à Pasadena de Lars Norén mise en scène par Peggy Thomas se situe dans le huis clos de l'appartement familial où les parents et leurs enfants se retrouvent. Porté par un décor minimaliste, où seuls quelques meubles simples sont disposés sur le plateau, une gêne est immédiatement installée. Le peu de conversation n'est pas suivi par les interlocuteurs, chacun parle dans le vide. Le fils prenant la parole subitement pour prononcer des phrases dénuées de sens et la mère parlant continuellement sans rien dire. Le père et la fille disent à peine quelques mots qui pourtant sont lourds de signification. On a devant soi une famille qui tente désespérément de trouver le bonheur mais qui se décompose.

Tout est construit sur les non-dits qui peu à peu se dévoilent mais ne sont ni compris ni acceptés. Chaque personnage de cette famille sombre seul dans le désespoir sans appui possible.

Le spectateur est rapidement happé dans cette ambiance sombre et pesante très bien jouée par les quatre comédiens appuyée par une mise en scène tout à fait adaptée.

Malgré une histoire déprimante, le public a certainement pu apprécier tout ce que cette pièce lui offrait en émotions comme en réflexions. 

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cris et chuchotements.jpgCris et chuchotements d'après l'oeuvre d'Ingmar Bergman mise en scène par Rémy Barché. On retrouve quatre soeurs dont l'environnement ne pouvait que les destiner au bonheur qui pourtant sont entrain de vivre la mort prochaine d'une d'entre elles. Chacun peut observer le comportement des différentes personnes au chevet de la mourante; "leur capacité à aimer, à donner du réconfort et à faire preuve de bonté".

On pouvait distinguer deux parties dans la pièce. La première se résume strictement aux pensées et désirs de la mourante. La deuxième, plus riche, nous montre la vie que les soeurs vivent malgré cette ambiance de mort et de maladie en plus de la condition dégressive de la malade. Alors que la domestique, Anna, est exclusivement aux soins de la soeur, les autres continuent leur vie ; séduisent le médecin, se disputent, ... Dès que son état s'aggrave dangereusement il ne reste qu'Anna pour la réconforter alors que les soeurs ne font qu'attendre, le regard pétrifié, que cela se passe.

Joué de manière tout à fait juste et précis, la pièce enveloppe rapidement le spectateur de cette ambiance tragique. (On ne peut se poser qu'une seule question... pourquoi le metteur en scène a t-il trouvé pertinent de montrer chaque comédienne à un moment de la pièce totalement nue?)

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macbeth (inquiétudes).jpgMacbeth (inquiétudes) d'après William Shakespeare et Heiner Müller mise en scène par Caroline Guiéla pouvais être particulièrement intéressant à voir cette année puisque La Mesnie H. avait déjà proposé une interprétation du Macbeth de Shakespeare. La mise en scène très élégante et moderne n'a malheureusement pas suffit à combler un jeu souvent insuffisant de la plupart des comédiens. Les scènes anthologies furent de ce fait bien pauvrement servies et décevantes.

On peut pourtant souligner un bel effort de jeu de la part de la comédienne interprétant entre autre Lady Macbeth et qui malgré un débit parfois trop rapide nous apporta la plus belle interprétation de cette pièce.